Jean-Philippe Cazier
Le noir de l'image est plus vaste que l'image
« Il y a un bruissement dans le texte ». À l’envers de ce livre, un autre : ce « livre qui s’écrit entre les lignes de ce texte », qui est aussi celui que Jean-Philippe Cazier a adressé à son éditrice, avant de renoncer à le faire paraître.
Le noir de l’image est plus vaste que l’image est un livre de poésie. L’écriture n’y nomme pas : elle évoque et suggère, produit des images plutôt que de relater des faits immédiatement identifiables. La violence politique, qui en constitue le cœur, n’est jamais précisée car il ne s’agit pas de tel ou tel événement déterminé de l’Histoire, mais de plusieurs moments mêlés et parfois confondus. Elle est envisagée à partir de ces effets les plus radicaux — tuer, détruire.
L’écriture interroge alors la possibilité de dire cette violence, de la réduire à du langage. Nécessité de dire et impossibilité de dire, c’est la « littérature des camps » qui en demeure l’horizon.
Violence et écriture, les thèmes s’entrecroisent dans un vocabulaire et des images récurrents — cendres, ruines, flammes, feu, effacement, survivance et fantômes. Des récits à plusieurs voix. Livre de poésie, le texte incorpore pourtant des récits à plusieurs voix, selon des perspectives plurielles, fragmentaires, esquissées — non linéaires. La place laissée à l’impressions ou à l’imagination fait ces récits rejoindre la façon dont l’écriture, dans ce livre, est à la fois ce qui dit, ce qui témoigne, et ce qui ne peut pas dire.
