Si Hourvari de Cathy Jurado est bien un livre de poésie c’est aussi un texte qui  propose une narration autour de la quête de Reina, avatar de ce qu’on nommait  autrefois la Nature, prise ici à la fois comme un texte à déchiffrer et  lire dans le monde. Cette quête est celle d’une habitation renouvelée  et revivifiée du monde par le biais d’une reconstruction poétique de  l’approche et de la nomination de cette Nature. Sa poésie prend  racine dans le lien avec l’enfance et la douleur, et dans un rapport  intime avec la Huitième Elégie de Rilke.  

 


 

Tentative d’inventaire du monde

 

J’ai escaladé la colline ce soir

juste avant la pluie

je pensais avoir une vue dégagée

et secrètement peut-être aussi

ai-je espéré Reina en reine d’alentours 

parée de ses chemins boisés

— au bout il y a les ronces le champ saccagé quelques corbeaux et puis l’orage qui gronde —

parfois on croit rejoindre

quelque chose

un nom peut-être à donner au monde 

au bout du sentier au bout du labour au bout de la page

et puis ce n’est rien 

ou l’invisible