La Chambre Morte

Vous m’avez dit : « Il y a de la lumière ». Vous avez sauté par dessus le portail, dans la nuit. Franchi les quelques dizaines de mètres jusqu’au panneau de bois encadré d’un fil clair. Derrière le volet, la télé continue son bavardage. Elle se fout bien de savoir si quelqu’un l’écoute ou non, elle pond mécaniquement son train d’images.
« On va devoir entrer – Oui, forcez une porte ». L’espoir s’amenuise, mais pourtant. Je me souviens, une fois, maman n’avait pas voulu répondre, elle croyait que c’était une ruse de voleur. Ou bien elle dort profondément, et la voix du gendarme se mêle à celle de la télévision…
Une mère ferme sa porte, le fils n’est pas là pour retenir sa main. Comment élaborer son geste ? Ne pas y rester cloué ?


Né à Elbeuf en 1945, Mathias Lair, poète, nouvelliste, essayiste et journaliste à ses heures, publie essentiellement en revues et chez de petits éditeurs.
Il a édité des ouvrages de poésie sous le nom d’Apostrophe, et publié la revue Mot pour Mot.