J'écris pour le matin clair

Dans J’écris pour le matin clair de Mads Mygind le narrateur questionne notre recherche de cohérence, de sens, en mettant tout ensemble sur la table poétique : ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il fait, ce qu’il pense, ce qui se dit, ce qui se passe...

Il brouille les unités de lieux et de temps, les frontières entre l’anecdote et l’évènement, le trivial et l’existentiel. Se refuse à porter un jugement. Reste en état de choc et d’hébétude et entraîne le lecteur dans un jeu de perceptions à un rythme qui oscille entre scansion emportée et une série de contrepoints d’une lenteur plus mélancolique.

 

 


 

un garçon se tient à la fenêtre dans le bâtiment d’en face et jette des bouteilles dans la rue 

ce matin toute la cage d’escalier s’est réveillée avec un torticolis

hier au département de neurologie à l’hôpital d’Aalborg

j’ai rendu visite à mon grand-père

il était anesthésié par la morphine

il était si lointain

mais a étreint ma main quand je lui ai dit au revoir

une des infirmières n’arrêtait pas de répéter

dîtes-moi s’il y a quoi que ce soit

l’autre est entrée dans la pièce avec un verre d’eau

et a ajouté c’est une question de temps

je suis assis à la table de la cuisine et pense à mon grand-père 

il est mort aujourd’hui

il est 3h37

j’écris pour le matin clair